Pourquoi le moment où le navire quitte le quai nous touche-t-il autant ? Entre attente, mouvement et premiers souvenirs, retour sur ce départ qui marque vraiment le début d’une croisière.
Pourquoi regarder la terre s’éloigner nous touche-t-il autant ?
Il y a un moment, au début d’une croisière, où nous avons soudain envie de nous arrêter.
Nous avons pourtant encore beaucoup de choses à découvrir. Une cabine dans laquelle les valises ne sont pas forcément défaites, des ponts que nous ne savons pas encore rejoindre sans regarder les panneaux, des restaurants à repérer et probablement un café à prendre quelque part. Le navire pourrait largement nous occuper pendant plusieurs heures.
Mais dehors, quelque chose se prépare.
Sur le quai, les dernières opérations se terminent. Des membres de l’équipage sont à leur poste. Nous regardons les amarres, la distance entre la coque et le terminal, les personnes encore présentes à terre. Et puis, presque sans que nous sachions identifier la seconde exacte où cela commence, le bateau bouge.
Nous partons.
Même après plusieurs croisières, ce moment continue de nous attirer sur les ponts extérieurs. Nous avons envie de voir le départ, de regarder le port défiler et de rester encore un peu, jusqu’à ce que la terre commence à prendre une autre forme.
Nous filmons d’ailleurs souvent ces départs. Pour en garder une trace, bien sûr, mais aussi parce que nous aimons pouvoir les revivre ensuite. Quelques images suffisent parfois à nous remettre dans cette ambiance : le mouvement lent du navire, le quai qui recule, les bruits du port et cette sensation particulière de commencer un voyage.
Pourtant, si nous y réfléchissons, nous assistons simplement au départ d’un bateau.
Alors pourquoi cela nous touche-t-il autant ?
Nous étions déjà à bord, mais nous n’étions pas encore vraiment partis
L’embarquement marque officiellement le début de la croisière.
Nous avons présenté nos documents, passé les contrôles et franchi la passerelle. Nous sommes à bord. La cabine nous attend, notre carte fonctionne et les vacances peuvent commencer.
Pourtant, tant que le navire reste au port, un lien très concret nous rattache encore à terre.
Depuis un pont extérieur, nous voyons le terminal dans lequel nous étions quelques heures auparavant. Parfois, nous distinguons une route, des voitures, des voyageurs qui arrivent encore ou les bâtiments d’une ville que nous venons de traverser. Le monde que nous avons quitté reste juste là, à quelques mètres.
Le départ change cette proximité.
L’espace entre le navire et le quai s’élargit. Ce qui était accessible à pied ne l’est plus. La passerelle a été retirée, les amarres sont larguées et le port commence doucement à défiler devant nous.
C’est souvent à cet instant que nous réalisons pleinement où nous sommes.
La croisière cesse d’être quelque chose que nous préparons ou que nous attendons. Elle devient ce que nous sommes en train de vivre.
Nous pouvons enfin regarder la suite.
Ce grand navire qui semblait presque immobile
Lorsque nous découvrons un paquebot depuis le terminal, il ressemble parfois davantage à un bâtiment qu’à un bateau.
Il est immense. Plusieurs étages de balcons se superposent au-dessus du quai. Des fenêtres, des terrasses et des équipements dépassent bien plus haut que nous. Nous allons bientôt y dormir, y manger, nous y promener et prendre nos habitudes.
À l’intérieur, cette impression peut encore se renforcer. Dans un couloir, un restaurant ou un salon, nous oublions facilement que tout cet ensemble est capable de se déplacer.
Puis vient le départ.
La façade du terminal glisse lentement derrière une rambarde. Un autre navire apparaît sous un angle différent. Nous dépassons une grue, une digue ou un bâtiment que nous regardions encore de face quelques minutes plus tôt.
Et nous prenons conscience que tout part avec nous.
La cabine dans laquelle nous avons posé nos affaires, le restaurant que nous venons de repérer, les ascenseurs, le théâtre, les cuisines : cette ville entière se met en mouvement.
Nous connaissons le principe. Nous avons réservé une croisière, après tout. Mais le voir se produire reste assez impressionnant.
Il y a même quelque chose de presque déroutant dans la douceur de certains départs. Nous nous attendrions à ressentir un événement à la hauteur de la taille du navire. Pourtant, nous pouvons simplement être appuyés sur une rambarde et constater que le quai s’éloigne, sans avoir senti grand-chose.
Nous regardons alors un peu plus attentivement.
Cette masse immense bouge bel et bien.
Le port devient un paysage
Pendant les heures qui précèdent l’embarquement, nous regardons surtout le port comme un lieu à traverser.
Il faut trouver le terminal, comprendre où déposer les bagages, préparer les documents et suivre le bon chemin. Même lorsque tout se passe bien, notre attention reste tournée vers une question assez simple : comment arriver à bord ?
Au départ, nous avons enfin le temps de regarder.
Les bâtiments prennent du recul. Les grues se découpent dans le ciel. Des bateaux plus petits circulent près de nous. Une ville apparaît derrière les installations portuaires, ou une côte se dévoile au-delà d’une digue.
Ce que nous traversions quelques heures auparavant devient un paysage.
C’est un changement de point de vue que nous aimons particulièrement en croisière. Nous pouvons découvrir une ville depuis ses rues, puis la regarder depuis la mer et avoir presque l’impression de rencontrer un autre endroit.
Les distances se recomposent. Certains bâtiments paraissent soudain minuscules. D’autres deviennent des repères que nous suivons du regard aussi longtemps que possible.
Et lorsque le navire tourne, la scène change encore.
Nous passons parfois d’un côté du pont à l’autre, avec cette crainte assez amusante de manquer quelque chose. Comme si le port allait réserver son plus beau moment précisément du côté où nous ne sommes pas.
Il faut dire que certains départs donnent envie de tout regarder.
Nous avons attendu ce moment plus longtemps que nous ne le pensions
Un départ du port dure relativement peu de temps à l’échelle d’un voyage.
Mais ce que nous ressentons à cet instant a parfois commencé plusieurs mois auparavant.
Il y a eu le choix de la croisière, les discussions sur l’itinéraire, les recherches sur le navire et les préparatifs. Nous avons regardé des photos, peut-être des vidéos, imaginé les escales et compté les semaines avant le départ.
Puis les choses se sont accélérées.
Les valises, les derniers détails, le trajet, les documents à vérifier encore une fois même si nous savons très bien où nous les avons rangés. À ce stade, nous sommes souvent davantage occupés à faire en sorte que tout se passe bien qu’à savourer ce qui arrive.
Sur le pont, lorsque le navire quitte enfin son poste à quai, une partie de cette tension retombe.
Nous sommes là.
Nous n’avons plus besoin de nous demander si nous arriverons à temps au terminal. Les bagages sont embarqués. Les formalités sont derrière nous. Pendant quelques minutes, nous pouvons simplement regarder.
Le départ du port rassemble toute l’attente du voyage dans une scène très concrète.
Il explique peut-être aussi pourquoi deux personnes appuyées sur la même rambarde peuvent ressentir des choses très différentes. Pour l’une, ce sont quelques jours de vacances qui commencent. Pour l’autre, c’est un voyage espéré depuis des années.
De l’extérieur, nous voyons le même quai s’éloigner.
Mais nous n’avons pas tous attendu ce moment de la même manière.
Pourquoi nous filmons souvent les départs
Nous avons pris l’habitude de filmer beaucoup de départs.
Sur le moment, nous avons envie de conserver ce que nous voyons. La sortie du port, un passage particulier, la lumière sur les bâtiments ou simplement les premières minutes de navigation.
Mais ces images prennent une autre valeur lorsque nous les regardons plus tard.
Nous connaissons alors la suite du voyage. Nous savons quelles escales nous ont marqués, quels endroits du navire nous avons aimés et quels souvenirs nous avons rapportés. La vidéo nous ramène pourtant au moment où tout cela était encore devant nous.
C’est ce qui nous plaît.
Nous revoyons le début d’une croisière dont nous connaissons désormais l’histoire.
Un bâtiment qui défile, le bruit du vent dans le téléphone, un mouvement de caméra un peu hésitant : il ne faut pas toujours une vidéo parfaite pour retrouver une sensation. Parfois, les petits défauts nous remettent même plus facilement dans la scène. Nous nous souvenons de l’endroit où nous étions, de ce que nous essayions de filmer et de ce qui se passait autour.
Filmer le départ nous permet de retrouver un peu de l’impatience heureuse que nous avions à cet instant.
Évidemment, cela ne remplace pas le plaisir d’y assister. Nous essayons aussi de regarder directement, de profiter du mouvement et de laisser le téléphone de côté quelques moments.
Mais une fois rentrés, nous sommes contents d’avoir ces images.
Le navire peut repartir, au moins quelques minutes, depuis notre écran.
Le premier départ et tous ceux qui suivent
Lors de la première croisière, quitter le port comporte une part évidente de découverte.
Nous ne savons pas exactement ce que nous allons ressentir. Nous guettons le mouvement, nous observons les manœuvres et nous découvrons la terre depuis une hauteur inhabituelle. Tout mérite notre attention.
Ce qui est plus étonnant, c’est que cet intérêt ne disparaît pas forcément avec l’habitude.
Nous savons pourtant comment cela se passe. Nous avons déjà vu un quai reculer, un navire pivoter et un terminal devenir de plus en plus petit.
Mais nous continuons à sortir.
Sans doute parce qu’un départ ne se résume jamais à la manœuvre. Le port change, la météo aussi. Nous pouvons partir en plein après-midi, au coucher du soleil ou lorsque les lumières de la ville sont déjà allumées. Le navire n’est pas toujours le même, et nous n’arrivons pas à bord avec les mêmes envies.
Certains jours, nous sommes très enthousiastes et nous commentons tout.
D’autres fois, nous restons plus silencieux.
Il arrive aussi qu’un départ soit moins spectaculaire que prévu. Un ciel gris, un environnement très industriel, peu de choses à voir. Nous regardons quand même un moment, parce que ce départ-là ouvre lui aussi un voyage.
L’expérience rend peut-être les manœuvres moins surprenantes.
Elle ne retire pas nécessairement le plaisir de commencer.
Partir d’une escale ne raconte pas tout à fait la même chose
Au fil de la croisière, nous retrouvons ce rendez-vous avec le départ.
Mais après une escale, notre regard a changé.
Le matin, nous observions un endroit que nous allions découvrir. Le soir, nous regardons un lieu dans lequel nous avons passé quelques heures. Nous pouvons reconnaître une promenade, un bâtiment, un relief ou la direction dans laquelle nous sommes partis.
Le port possède désormais une petite histoire pour nous.
Nous repensons à une visite, à un repas, à une rencontre ou à une marche plus longue que prévu. Nous cherchons parfois du regard un endroit précis, même si nous savons qu’il sera probablement impossible à distinguer depuis le bateau.
Il peut rester un peu de regret lorsque nous aurions aimé disposer de plus de temps.
Il peut aussi y avoir la satisfaction de retrouver le navire après une belle journée, avec l’envie de s’asseoir et de regarder tranquillement la côte s’éloigner.
Ces départs d’escale ont une douceur particulière.
Nous quittons un endroit tout en emportant déjà quelque chose de lui.
Et devant nous, il reste la prochaine étape.
Nous partageons un début sans forcément nous parler
Lors d’un départ, nous sommes rarement les seuls à regarder.
Des passagers se regroupent sur les ponts. Certains prennent des photos, d’autres filment. Il y a ceux qui cherchent le meilleur point de vue, ceux qui restent à leur balcon et ceux qui semblent simplement heureux d’être dehors.
Nous n’avons pas besoin de faire connaissance pour partager ce moment.
Pendant quelques minutes, nos regards se tournent vers la même scène.
Une conversation peut commencer à propos du port ou de la manœuvre. Mais il peut aussi ne rien se passer de particulier. Nous sommes là, côte à côte, à regarder le bateau partir.
C’est une manière assez simple d’entrer dans la vie du navire.
Nous avons embarqué séparément, avec nos bagages, nos habitudes et nos projets. Maintenant, nous avançons dans la même direction.
À cet instant, cela devient visible.
Ce que nous regardons vraiment
Peut-être que le mystère du départ du port vient de tout ce que nous y voyons au-delà du quai.
Nous regardons le voyage commencer.
Nous sentons que l’attente se termine. Nous découvrons un lieu sous un autre angle. Nous prenons conscience du mouvement de ce navire dans lequel nous allons vivre pendant plusieurs jours.
Et nous nous accordons enfin quelques minutes pour en profiter.
Dans notre cas, l’envie de filmer ajoute encore quelque chose : nous savons que ce moment passera vite et que nous aimerons le retrouver. Alors nous en gardons un morceau, sans connaître encore tous les souvenirs qui viendront après.
Lorsque nous revoyons ces départs, nous retrouvons aussi ceux que nous étions au début du voyage. Curieux, impatients, parfois fatigués du trajet, mais contents d’être arrivés jusque-là.
Le quai s’éloignait.
Nous avions toute la croisière devant nous.
C’est peut-être cela qui nous touche encore, même des mois plus tard.
Pour aller plus loin
Lors de votre prochaine croisière, prenez quelques minutes pour assister au départ du port.
Observez ce qui retient votre regard. Les manœuvres ? La ville qui recule ? Les autres passagers ? Ou ce moment où vous réalisez enfin que vous êtes en vacances ?
Et si vous filmez le départ, regardez ces images quelque temps après votre retour. Vous retrouverez peut-être davantage qu’une sortie de port.
Nous, c’est souvent le début du voyage tout entier qui revient.
Et vous, avez-vous aussi besoin de voir le navire partir pour sentir que la croisière a vraiment commencé ?
Ulrich & Sidara — Cruising With US/CWUS
